Le piège des
invitations aux Avant-Premières. On a l’impression qu’on est convié au saint
des saints avec tout le gratin parisien, alors qu’en vrai on fait juste du
remplissage dans une salle de La Défense où la séance risquait de ne pas afficher complet. Quand tu as une carte UGC et qu’on t’invite à des
avant-premières qui, de toute façon, sont accessibles au quidam qui se pointe
au ciné dix minutes avant la séance (du moment qu’il raque ou qu’il dégaine sa
carte UGC Illimité), tu dois te méfier. Pourtant, la mécanique est bien
pensée : tu es flatté car personnellement invité par un mail automatique, tu te pointes, tu es bien installé, et le réalisateur arrive,
sous tes yeux, avec sa main droite tenant un micro, et sa main gauche qui
semble te tendre son petit cœur encore battant... Comment pourrais-tu,
suite à ça, trouver que son film est nul à ch’ ? Il faudrait que tu
n’aies, toi-même, pas de cœur…
Bon, ça
tombe bien : de cœur, moi, je n’en ai pas trop. C’est pas que je me suis
fait chier devant Nos plus belles vacances, non. Mais alors qu’est-ce que j’ai
soupiré de consternation…
Le
pitch : « Juillet 1976, année de la canicule. Claude, juif d’Algérie
arrivé en France quinze ans plus tôt, emmène sa jeune femme Isabelle, ses deux
garçons et sa belle mère en Bretagne. C'est Isabelle, ayant pris Claude en
flagrant délit d'adultère, qui a choisi pour les vacances le petit village où
elle est née. Dès le lendemain de leur arrivée, Bernard et Bernadette, Jacky et
Marie-France, deux couples d'amis, les y rejoignent. Au Rocher Abraham, ils
sont accueillis avec méfiance par les autochtones à l'accent rugueux comme
leurs mains... »
Euh ok.
L’Homme
était présent à côté de moi, et lui il s’est carrément offert une petite
sieste, bien calé dans son siège, assuré qu’il était que je lui secouerais le
bras gauche s’il se mettait à ronfler.
A la base,
je ne suis pas un gros fan de Philippe Lellouche, surtout remarqué dans ses pièce de théâtre avec sa femme Vanessa Demouy, puis récemment dans un second
rôle naze dans le plus mauvais film de l’année 2011. Le grand public aura pu relever
qu’il était également le frère d’un acteur qui est à l’affiche d’environ 58
films par an au cinéma, Gilles Lellouche (le Kad Merad sexy), et qu’il était
vaguement homophobe sur les bords (ou juste bêtement maladroit / dramatiquement
bête) (comme 70% des Français, ai-je lu récemment). Mais bon, si on peut reconnaître à Lars Von Trier son talent en dépit de
ses déclarations stupides sur les nazis, on peut laisser une chance à Philippe
Lellouche de nous prouver qu’il peut être un bon cinéaste, non ?
…
Le problème, c'est que là, le Philippe ne nous aide pas beaucoup à être indulgents. Si on sent bien que c’est un film de potes et qu’ils se sont marrés à le faire (en gros, c’est toute l’équipe des deux pièces de théâtre de Philippe Lellouche, Le Jeu de la Vérité et Boire, fumer et conduire vite, qui se sont réunis pendant un été pour faire un film ensemble), dans la salle, on a un peu envie de se pendre.
Pour une
réplique à peu près marrante de Gérard Darmon ou de Christian Vadim (fils de),
c’est poncif sur poncif, et réplique de merde sur situation éculée, avec ambiance
téléfilm de France 3 à la clé. Le pire du pire ? Les scènes avec les
enfants (qui jouent tous comme des pinces à linge), qu’on croiraient toutes
tirées d’une publicité Herta. A chaque fois que l’un d’eux apparaissait dans sa
culotte courte vintage, à courir dans les prés ou à remonter la rivière sur un
radeau en bois, je m’attendais à entendre une flûte de pan nous souffler le
fameux air des saucisses Knacki, pendant que les mioches seraient retournés
chez leur mère réclamer des mouillettes avec du jambon blanc dessus pour
bouffer les œufs à la coque de la fermière du coin.
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| Nos plus belles vacances, la bande-annonce officielle |
Chez les
adultes, ce n’est guère mieux, avec des couples aussi peu crédibles que bons à
baffer, notamment Vanessa Demouy et Julie Bernard, carrément mauvaises (on peut minauder et articuler ses répliques très fort au théâtre, les filles, mais au ciné ça sert à rien), tandis
que Nicole Calfan se débrouille comme elle peu avec la partition merdique qu’on
lui a confiée, à base de secret lourdingue même pas digne d’une saga d’été de
TF1 et de romance vaguement grotesque avec Jackie Berroyer. Claude et Isabelle se font la tronche pendant les trois quarts du film, et à la fin ils s'embrassent parce que Claude est devenu sympa au contact des braves villageois et qu'il a (un peu) arrêté de penser comme un commerçant juif avide d'argent (j'exagère, mais à peine). Reste la mise en
scène, assez basique, qui culmine dans une risible scène de réconciliation en
clair obscur entre les deux « héros » du film, qui en profitent pour
nous réciter du Marc Lévy pour parler des épreuves traversées par leur couple.
Certains riront peut-être des clichés sur les paysans bretons, mais je pense
que d’autres lanceront une fatwa contre le malheureux Philippe Lellouche.
On sauvera
éventuellement de ce naufrage Julie Gayet (jamais vraiment mauvaise de toute
façon), et le numéro étonnant quoique très cliché aussi de David Brécourt, en
idiot du village qui ressemble un peu à mon père bourré, mais qui a au moins le
mérite d’être aux antipodes de Baptiste, le brillant chirurgien de Saint-Tropez
de Sous le Soleil, qui était marié avec Jessica, la danseuse américaine qui
était devenue maire de Saint-Tropez en trois épisodes, avec laquelle il avait
adopté un gamin noir qui était devenu star du R’n’B trois jours après s’être
fait larguer par une de ses profs du lycée (ce qui lui avait alors inspiré une
chanson d’amour sur la douleur qui s’était transformée en single à succès),
tandis que lui-même avait fini par se barrer de son obscure clinique de Saint-Tropez pour devenir professeur à Harvard deux semaines plus tard (et
probablement Maire de New York puis Président des Etats-Unis depuis…). Au
moins, David Brécourt sait mettre un frein à son ascension sociale fictive. Pour le reste...
Le film de
Philippe Lellouche se veut autobiographique, en hommage à son papa. Mais
honnêtement, il sent surtout la condescendance parisienne et la nostalgie
rance. J’ai réussi à rester éveillé jusqu’au bout, pas parce que l’histoire
était bonne ou bien racontée (il me semble avoir précisé qu'elle ne l'était pas) (faut suivre, hein), mais bien "grâce" aux nombreuses scènes qui étaient
si ridicules qu’elles me mettaient mal à l’aise… Dans le genre film choral sur
la famille en vacances, préférer Le Skylab ou Nos enfants chéris, qui avaient compris que ces situations ne sont pas à montrer et répéter telles quelles au public, mais bien qu'elles disent quelque chose sur l'humain, qui va bien au-delà des faits mis en scène. Nos plus belles vacances nous dit seulement que quand on est un peu bourge et qu'on part en vacances tous les étés, qu'est-ce que ça fait des souvenirs sympa, quand même. Ah bah ouais, tu l'as dit Henri !
Note :
4/20
Est-ce que
je te recommande d’y aller : Oui bien sûr ! Ça vaut largement la
place de ciné à 10 euros !



Rien que la bande-annonce déjà, c'est un sommet de nullitude qui ressemble à un mauvais remake du Skylab. Beurk.
RépondreSupprimerMalheureusement, le mauvais pressentiment / préjugé se vérifie...
RépondreSupprimercasher les saucisses ?
RépondreSupprimer@anonyme : Des saucisses de volaille, sûrement !
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